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18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 18:10

Daniel Charles BADACHE

 

Alors que le Quai d’Orsay et, au-delà, l’Exécutif dans son entier était pris dans la tourmente des lendemains d’inopportunes vacances ministérielles en Tunisie, d’aucuns fustigeaient l’illisibilité de la politique étrangère de la France, et plus particulièrement l’évanescence de sa « politique arabe ».

 

Il y aurait donc une « politique arabe » de l’Etat français. Une écoute spécifique d’un monde qui s’étend de la Mauritanie au Sultanat d’Oman, peut se concevoir : la France est liée par l’Histoire aux pays du Maghreb, du fait de protectorats exercés ou de départementalisation actée, comme elle a marqué de son sceau, au Machrek, le destin du Liban et de la Syrie, par la grâce de mandats d’administration décernés par la Société des Nations et assumés durant l’entre deux guerres.

 

Mais de là à défendre l’idée que Paris se doit de donner corps à une « politique arabe »… la sémantique utilisée est sujette, à tout le moins, à caution.

 

La paternité de ce qui est à mes yeux un simple leurre doit être imputée sans réserves au Général de Gaulle, de retour aux affaires en juin 1958. La politique en question est en effet concomitante à l’avènement de la Vème République et à l’installation à l’Elysée de son premier Président. La République antérieure s’était débattue vainement dans le bourbier algérien et, au-delà, elle avait ciblé militairement, en connivence avec la Grande Bretagne et Israël, un régime égyptien qui avait osé proclamer, en juillet 1956, dans l’unilatéralisme, la nationalisation de la compagnie exploitant le Canal de Suez : autant de raisons qui n’induisaient pas une dédicace particulière à ceux que l’on percevait comme hostiles à nos intérêts immédiats.

 

De surcroît, le gouvernement de Guy Mollet tenait pour acquis le rôle de « poumon » de la rébellion algérienne qu’assumait, depuis le Caire, le Colonel Nasser. La définition d’une « politique arabe » n’était donc pas à l’ordre du jour gouvernemental.

 

Bien au contraire, alors que le monde arabo-musulman avait choisi la ligne du refus du droit de l’Etat d’Israël à l’existence, la France entretenait des liens privilégiés avec les autorités de Jérusalem, allant jusqu’à la concrétisation d’une coopération dans le domaine nucléaire, attestée par l’éclosion du site de Dimona, aux portes du Néguev.

 

Le Général de Gaulle, quant à lui, s’était forgé dans les années trente une vision idyllique du monde arabe, perçu comme le cadre géographique d’un « conte des Mille et Une Nuits », un monde qui n’avait pas manqué de le fasciner. Cette approche n’a pas été étrangère à un positionnement ultérieur à l’égard d’Israël…

 

Certes, en 1963, recevant David Ben Gourion à Paris, il avait prononcé ces mots par la suite controversés, « Israël notre amie, notre alliée ». Mais dès 1967, la tonalité était autre. Recevant Abba Eban, le ministre israélien des Affaires Etrangères à l’Elysée, alors que la triple provocation nassérienne – « remerciement » des Casques Bleus onusiens postés à la frontière égypto-israélienne, blocus du Detroit de Tiran, réactivation du commandement militaire unifié égypto-jordano-syrien – plaçait l’Etat hébreu en situation de péril imminent, le Président français lui délivrait en substance ce message : « ne tirez pas les premiers, si votre existence doit être menacée, nous interviendrons à vos côtés…. ». Comment le militaire patenté pouvait tenir pareil discours, oublieux des effectivités ? Ignorait-il à ce point la réalité du terrain ? Ne savait-il pas que la ligne de démarcation israélo-jordanienne était distante de moins de 20 km de la station balnéaire israélienne de Nethanya, que la Bande de Gaza, alors sous occupation égyptienne, était à quelques minutes de route de la ville d’Askhelon, que le Plateau du Golan syrien dominait insolemment le lac de Tibériade et substantielle partie de la Galilée ?

 

Une intervention militaire française si tant est qu’elle eût été décidée aurait été trop tardive. En fait, le souci gaullien était de ne pas apparaître, aux yeux du monde arabe, comme cautionnant une guerre de légitime défense préventive que se devait de déclencher l’Etat d’Israël.

 

La suite fut confirmative d’un parti pris pro-arabe et, au nom de l’irréductible principe des « vases politiques communicants », anti-israélien : décision d’embargo sur les livraisons d’armes à Jérusalem – incluant celles ayant fait l’objet d’un parfait paiement, à savoir les célébrissimes « vedettes de Cherbourg » - ce en suite à un raid mené en juillet 1968 sur l’aéroport de Beyrouth, stigmatisation à mots semi-feutrés d’un peuple juif décrété « d’élite, dominateur et sûr de lui »…

 

Assurément, les supposés intérêts économiques, et notamment énergétiques, ont eu leur incidence : Israël n’étai pas membre de l’OPEP ! Une évidence qui a inspiré par la suite Georges Pompidou : que soit remémorée la conférence de presse lors de laquelle Ben Porat, journaliste israélien, qui évoquait l’embargo sur les livraisons d’armes, interrogeait le successeur de de Gaulle sur l’éventualité d’un terme mis à celui-ci, avait été gratifié en réponse d’un « il n’y a pas d’abonné au numéro que vous demandez… ».

 

Valéry Giscard d’Estaing, garant d’une continuité sans faille, a été le Président dont le gouvernement, dirigé par Raymond Barre, n’avait pas hésité à fournir à l’Irak de Saddam Hussein les « clés du nucléaire » avec la centrale Osirak, opportunément détruite par l’aviation de Tsahal le 7 juin 1981…

 

Donc poids de l’histoire et approvisionnement en or noir que l’on voulait garantir dans les meilleures conditions ont justifié non pas la définition d’une « politique arabe » mais d’une ligne pro-arabe par référence à un conflit, véritable « indicatif coloré » des solidarités : le conflit opposant l’Etat d’Israël à ses voisins.

 

Au demeurant, il ne saurait y avoir de « politique arabe », faute d’homogénéité de la collectivité d’Etats à laquelle elle est supposée s’adresser. Preuve en est que l’unité de ce monde a été une quête permanente, sans le moindre fruit cueilli. Obsession de l’umma, de la réunion d’une famille qui n’est que virtualité : le nassérisme, générateur en 1958 d’une éphémère République Arabe Unie, ayant fusionné Egypte et Syrie durant quelques mois ; le kadhafisme, géniteur en 1971 de la Charte de Benghazi, ayant institué sur le papier une pseudo fédération regroupant Egypte, Libye et Syrie, puis d’un projet d’union entre Libye et Tunisie qui fit long feu… autant d’initiatives, autant d’échecs, simplement parce que la vocation à l’unité du monde arabe n’était hier et ne demeure aujourd’hui que pure utopie, du fait de ses multiples fractures :

 

- fractures constitutionnelles, opposant monarchies et républiques,

 

-fractures confessionnelles, distinguant, en les faisant se confronter à l’occasion à l’intérieur même des Etats membres de la Ligue Arabe, sunnites et chiites,

 

-fractures économiques, entre richissimes monarchies pétrolières du Golfe et Etats prolétaires, tels le Yémen ou la Mauritanie,

 

-fractures militantes, entre bastions du refus d’Israël et camp de la paix.

 

En raison d’une extrême diversité ainsi induite, l’élaboration d’une « politique arabe » cohérente par la France, ou par quelqu’autre Etat, relève de la mission impossible. Le discours destiné à Riyad ou à Doha ne saurait être distillé à l’attention de Nouakchott ou de Sanaa. En fait de « politique arabe », ne s’exprime dans notre hexagone qu’une tradition avérée du Quai d’Orsay, faite de rigueur récurrente à l’égard de l’Etat d’Israël et de protection supposée d’intérêts économiques et stratégiques. Qu’il soit dit qu’une doctrine de politique étrangère repose sur des principes généraux qui doivent trouver application à l’échelle planétaire. Certes, elle peut se décliner continentalement ou régionalement, mais elle ne saurait être conçue comme propre à une zone particulière, surtout lorsque celle-ci se révèle particulièrement composite.

 

 

Daniel-Charles BADACHE

Président France Israël Basse Normandie


Diffusion autorisée avec le nom de l'auteur ainsi que le lien du site 

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Published by afibn - dans Président
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