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20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 21:43

Commemoration-vel-d-hiv--justes-des-nations-2014--3-.JPG

Discours présenté par Mr Jacques MERGY le 20 juillet 2014 

de l'ACI et AFIBN

pour la cérémonie de commémoration

 de la Rafle du Vel d’hiv’ le 17 juillet 1942

 

Commémoration vel d hiv, justes des nations 2014 (16)


Commemoration-vel-d-hiv--justes-des-nations-2014--6-.JPG      Commémoration vel d hiv, justes des nations 2014 (5)

 

 

Monsieur le Préfet,

Monsieur le Maire,

Monsieur le Procureur  Général du Tribunal de Grande Instance,

Madame le Procureur de la République,

Monsieur le Président de la Cour d’Appel,

Monsieur le Président du Tribunal Administratif,

Messieurs les représentants des autorités religieuses,

Monsieur  Rabbin Meyer Malka,

Le Père Signargout représentant Monseigneur Boulanger de l'église catholique,

 Le Prêtre Jean Drancourt de l’église orthodoxe .

Mesdames et Messieurs le Présidents des Associations des Déportés,

Mesdames et Messieurs les Présidents d’Associations et d’Institution,

Mesdames…Messieurs,

 

 

Il fait une chaleur étouffante à Paris ce vendredi 17 juillet 1942, les bords de Seine sont irradiés d’un soleil éclatant, le bleu du ciel est une invitation au farniente. Les congés payés sont une invention récente et il flotte comme un air de vacances dans ce quartier du 15ème arrondissement, à deux pas de la Tour Eiffel.

 

Des badauds plaisantent avec l’occupant.

 

On en oublierait presque les horreurs de la guerre s’il n’y avait cette immense cohorte d’autobus à plate-forme stationnés le long de la rue Nélaton qui, depuis l’aurore, déversent leurs « cargaisons » de Juifs étrangers raflés aux quatre coins de la capitale. Une masse de parents hirsutes, livides, apeurés, avec un bagage dérisoire dans une main, et de l’autre, agrippant des enfants affolés, encore sous le choc d’un réveil brutal, vers 3 heures du matin. 


Ce sont 4500 policiers français qui sans état d’âme,   encadrent la rafle de ces « exclus de la nation » en respectant scrupuleusement les instructions du directeur de la police municipale de Paris :  

 

« Les gardiens et inspecteurs, après avoir vérifié l'identité des Juifs qu'ils ont mission d'arrêter, n'ont pas à discuter les différentes observations qui peuvent être formulées par eux […]. Ils n'ont pas à discuter non plus sur leur état de santé […].     Les opérations doivent être effectuées  avec le maximum de rapidité, sans paroles inutiles et sans aucun commentaire ».


Direction le Vélodrome d’hiver, haut lieu des festivités sportives d’avant-guerre, où résonnent encore les vivats endiablés de la foule des grands jours : courses cyclistes échevelées, matches de boxe avec les stars mondiales de la discipline… 

 

Mais en ce vendredi 17 juillet 1942 la programmation a changé : le lieu de plaisirs devient un  lieu de honte, le palais des délices urbains se transforme en antichambre de la mort.

 

Sous une verrière immense accentuant l’effet de la canicule, le Vel’ d’Hiv’ va devenir un caravansérail infernal pour 12 352 personnes raflés sur le seul critère de leurs origines juives, assumées ou non : 3118 hommes, 5119 femmes et 4115 enfants, foule composite où se mêlent valides et éclopés, accents yiddish, polonais, russes, cris d’enfants mal réveillés, et silences de vieillards hébétés.

 

Beaucoup d’entre eux sont endimanchés, par respect pour la France qui les a « accueillis », ils ont en partage ce port altier anachronique et cette dignité incongrue qui leur viennent du fond des âges, une façon de rester debout pour défier l’adversité, comme s’ils avaient tout vu, tout connu, le pire et le meilleur, surtout le pire, et que rien ne pouvait plus atteindre ces protagonistes d’une tragédie en 3 actes : Paris, Drancy…. Auschwitz, dont les scénaristes diaboliques ont su entretenir le suspense avec une cruauté savante, allant jusqu’à laisser aux acteurs du drame une part d’improvisation, dont ce courrier, écrit à la hâte :


« Cher papa, on nous amène au Vélodrome d’hiver, mais faut pas nous écrire maintenant parce que c’est pas sûr qu’on restera là. Je t’embrasse bien fort et maman aussi. Ta petite fille qui pense toujours à toi. MARIE ». 

 

Ou cette autre :  

 

« Mon chéri, je suis au commissariat, viens vite  me rejoindre.  »

 

Derrière la grande Histoire, des petites histoires par milliers, derrière le poids de la Mémoire collective, la vie singulière et spasmodique de ces millions d’êtres dont chacun constitue un univers infini qu’il nous faut tenter de ressusciter un à un.


Par de là les milliers de victimes de la rafle, par de là le nombre et les statistiques, il y a d’abord et avant tout des vies individuelles et irréductibles, des noms ineffaçables : Jacob, Esther, Shlomo, Feivel, Hanna, Rachel, Simon…, qui résonnent comme autant de plaidoyers glorieux pour ces français non-juifs qui ont risqué leur vie pour les sauver, et comme autant de réquisitoires accablants pour leurs délateurs et pour leurs bourreaux.


Comment concevoir l’œuvre de mémoire sans la compassion authentique et fervente, sans l’identification charnelle aux victimes ! 

  • ·    L’homme ou la femme entraînée vers le supplice n’est rien d’autre que mon double aujourd’hui en 2014,
  • ·    l’enfant arraché à sa mère ressemble tellement à mon enfant,
  • ·     ce père est mon père,
  • ·     cette mère est ma mère,
  • ·     cette sœur est ma sœur,
  • ·     ce frère n’est-il pas le sosie de mon frère ?

 C’est ma chair, mon sang, je leur fais face, je vois leurs yeux qui implorent, leurs mains qui s’agrippent aux miennes, leurs ongles qui pénètrent ma peau, leurs cris qui percent mes oreilles. Ils n’appartiennent pas à l’histoire ancienne, ni à la poussière des archives d’une douleur révolue : je les reconnais, ils me sont si familiers, si contemporains, ce sont eux, aujourd’hui, dans un temps de paix et d’opulence, qu’il me faut imaginer arrachés sous mes yeux à mon amour viscéral par ce policier qui ne fait que son boulot, impatient et autoritaire certes, mais aux manières tellement urbaines.


Honneur soit rendu aux participants à cette cérémonie qui, aujourd’hui encore, surmontent la tentation de la lassitude pour redonner chair et souffle de vie, l’espace d’un moment, aux milliers d’âmes envolées dans un autre monde forcément meilleur.


Honneur à la République française qui, depuis le discours historique du président Jacques Chirac en 1995, a eu le courage de faire face à son histoire récente, la grandeur de donner un nom à l’innommable, la lucidité de reconnaître l’indignité d’un gouvernement d’abord complice puis zélé, la force de dénoncer l’indifférence et la soumission d’une partie de cette génération, la témérité de refuser l’absolution à tous ceux qui ont commis l’offense suprême envers l’humanité de l’homme.

 

Voici les paroles du président Jacques Chirac : «  Ces heures noires souillent à jamais notre histoire et sont une injure à notre passé et à nos traditions. Oui, la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'État français.

 

Honneur au président François Hollande qui lui aussi a su trouver les mots pour dire que « ce crime fut commis en France, par la France » et… ce crime « fut aussi un crime contre la France, une trahison de ses valeurs ».


Honneur aux derniers témoins venus de cet autre monde, de cet autre temps pour attester que cela a bel et bien existé, faisant ainsi écho aux négationnistes refusant de croire que l’assassinat à l’échelle industrielle, conçu et ordonné par la nation la plus savante de cette sombre époque, est une chose tellement impensable, que certains individus n’ont pas la capacité intellectuelle de la concevoir, de l’imaginer, et même d’y croire, comme si la Shoah devenait l’objet d’un acte de foi impossible ou incommensurable.


Récemment, l’Ouest France du 16 juillet 2014, relate la Rafle du Vel’ d’Hiv par le témoignage d’Annette Fruchtmann Meneval. Elle avait 9 ans et sa mère était enceinte de 5 mois quand la police est venue les chercher. Elle souligne l’enfer de chaleur, de poussière, de clameurs et de cris.


Avant de clore mon propos, nous n’oublions pas tous ceux qui, au péril de leur vie  et de celle de  leurs proches, ont œuvré pour sauver ces vies humaines, surtout les enfants, que ce soient  les institutions religieuses, ou les familles, et ceci sur …tout le territoire français.


 Nous rendons hommage aujourd’hui aux Justes de France, très chaleureusement, et avec un profond respect.

 


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Published by France Israël Basse Normandie - dans Calvados
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