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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 18:30
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Salim Mansur, musulman pieux d'origine indienne, professeur à l'université d'Ontario au Canada, explique fondamentalement la guerre absurde du Hamas par les difficultés qu'éprouvent les tenants de l'islam quand ils doivent établir un rapport réciproque de respect avec " l'Autre", non-musulman.
****************

Je me suis rendu en Israël il y a quelques années. J’avais pour but précis de faire un pèlerinage à Jérusalem.

Je revois cet été de 2010.

Israël jouissait d’un fragile intermède de paix.

Un peu plus d’un an auparavant, en décembre 2008-janvier 2009, son armée avait été envoyée à  Gaza pour désarmer le Hamas qui tirait des roquettes sur son voisin  juif; deux ans plus tard, en novembre 2012, elle devait retourner à Gaza pour les mêmes raisons.
J’avais observé comme tous les peuples, que l’armée israélienne, fort réticente, avait été contrainte de lancer une opération militaire pour empêcher le Hamas d’envoyer des centaines de roquettes en profondeur dans son pays .

J’avais tenté de dépasser les condamnations faciles et simplistes de la brutalité de la guerre, et de ne pas manifester une sympathie rituelle pour ses victimes.
Comme l’aurait peut-être dit Albert Camus, nous avons vu un Israël englué dans un combat à la Sisyphe contre le Hamas, les Palestiniens, les Arabes, les Musulmans, et une fraction croissante de l’opinion occidentale qui a de moins en mois de scrupules à afficher ouvertement son antisémitisme ranci sous le paravent de la solidarité envers des gens manifestement favorables à un nouvel Holocauste contre les Juifs. 
La critique de l’opération militaire contre le Hamas leur avait fait oublier qu'en 2005 le gouvernement d’Ariel Sharon avait réalisé un retrait unilatéral de Gaza, remise aux représentants du peuple palestinien.

L’armée avait reçu de Sharon et de son gouvernement l'autorisation d'utiliser la force contre les habitants des implantations locales qui voulaient absolument rester sur place.
Il avait fallu procéder à leur éviction forcée, malgré l’absence de signe des Palestiniens indiquant qu’ils étaient disposés à vivre en paix aux cotés des Juifs.

La nouvelle qu'à titre symbolique quelques Juifs au moins seraient bien acceptés , ou simplement tolérés , aurait indiqué que les Palestiniens s'étaient faits à l’idée d’une coexistence pacifique avec les Juifs.

Un tel geste aurait témoigné d’un changement d'optique de leur part, en cohérence avec la promesse des accords d’Oslo au moment de leur signature en 1993 […]

Les Accords d’Oslo représentaient une bifurcation, dont l'une des branches conduisait à la réconciliation avec les Juifs. Elle n’a pas été empruntée par les Palestiniens.
L’évacuation de Gaza était un test qu’Ariel Sharon proposait aux Palestiniens.

Elle venait quelques quatre années après le détournement des avions de ligne américains par des terroristes arabes liés à Al-Qaeda. […].

Dans le monde, la plupart des gens exprimèrent leur répugnance devant le spectacle de la mort et de la dévastation, l’œuvre des auteurs des détournements de la matinée du 11 septembre 2001.

Mais dans le monde musulman, il y a eu des gens pour les applaudir.
Parmi eux des Palestiniens qui distribuèrent des douceurs comme si une grande victoire avait été remportée.

Néanmoins, les Israéliens désiraient avancer dans une direction susceptible de conduire à un règlement entre Juifs et Arabes [palestiniens] fondé sur le principe de deux États en Palestine.

 C'était l’objectif original du plan de partition de l’ONU que les Arabes avaient rejeté en novembre 1947.
Cependant, avant de mettre en œuvre ce plan, il fallait créer un climat de confiance (c’était le raisonnement du premier ministre israélien de l’époque).

Les Palestiniens allaient démontrer, en paroles et en actes, leur volonté de bâtir un "Singapour de la Méditerranée" florissant, et d'accepter les Juifs et Israël après un demi-siècle de rejet et de guerre.
Gaza a été remise aux Palestiniens en tant que test de leur souhait de construire une relation de confiance entre les deux peuples, et de tourner une page grise dans une histoire qui aurait pu être tellement différente.
Rien n’est décrété d’avance, ni gravé dans la pierre, rien n’est inamovible.

Au bout du compte, tout ce qui pose des problèmes dans l’histoire humaine est interprété et négocié par des hommes.

Il est bon de se souvenir de ce qu'a écrit le philosophe  américain William James :

"tout ce que nous sommes et tout ce que nous savons passe par des hommes. Il n’y a pas de révélation sauf par la médiation des hommes."

Même si nombre d'entre eux n'ont jamais quitté leur terre, les Juifs ont voulu le retour de leur peuple en Palestine après deux millénaires d'exil.

Ce retour a été rendu possible après la catastrophe de la première guerre mondiale, qui a conduit la Grande-Bretagne et la France à prendre possession de terres qui faisaient partie de l'Empire ottoman jusqu'à sa défaite de 1918.

Un hasard de l'histoire peut-être.
Les Juifs avaient une revendication ancestrale que les familiers de la Bible ne peuvent pas nier.

De même, ceux qui sont familiers du Coran ne peuvent pas nier non plus l'histoire des Juifs en Palestine.

La terre située entre la Méditerranée et les deux fleuves de Mésopotamie, y compris la péninsule arabique gouvernée dans le cadre du califat par les sultans ottomans jusqu'en 1918, était assez vaste pour répondre aux exigences nationalistes et à l'avenir et des Arabes et des Juifs.
Cependant, la défaite de l'Empire ottoman et le réalignement politique de la région qui s'en est suivi, ont donné aux sionistes l'occasion de satisfaire leur objectif, l'aspiration juive à un État, un genre aspiration qui n'était pas unique à cette époque, et qui n'avait rien de fautif.
Avant ces évènements, les Juifs avaient déjà recherché la réconciliation avec les Arabes.

En 1917, le leader sioniste Haïm Weizmann se rendit à Akaba, tout au nord de la mer Rouge, une ville reprise aux Turcs par les combattants arabes loyaux au prince Fayçal, sous la conduite de T E Lawrence, au cours de la campagne de "la révolte Arabe" contre le pouvoir ottoman.

Weizmann était venu pour rencontrer le prince Fayçal, fils de Cherif Hussein de La Mecque et futur dirigeant des Arabes.
Fayçal était en train de donner corps à son projet de renaissance d'un royaume arabe.

Weizmann et le prince Fayçal allaient se rencontrer à nouveau à Londres en décembre 1918, avant la conférence de paix de Paris de 1919.

Ces rencontres s'inscrivaient dans un effort de bonne volonté des deux parties pour mettre en œuvre dans un climat d'amitié, les engagements des Britanniques envers les Arabes et les Juifs, consignés dans la correspondance entre Mac Mahon et Hussein des années 1915-1916 et la déclaration Balfour de novembre 1917.
Les choses n'ont pas suivi le cours prévu. À l'époque [de Balfour], les Arabes n'étaient pas prêts - et ils ne le sont pas  encore aujourd'hui - à reconnaître les Juifs - "l'autre,"- comme des égaux.
Les Juifs pensaient de leur coté qu'ils avaient un droit légitime à un État, ce qui est indéniable qu'on examine le problème sous l'angle religieux, politique, ou moral.
C'est cette négation de "l'autre," le refus de reconnaître que "l'autre" a aussi des droits égaux légitimes et des revendications historiques qui a fait de l'histoire des Arabes et des Musulmans dans leurs rapports avec "les autres" une horrible parodie de la justice jusqu'à notre époque.

Et cela indépendamment des différences ethniques ou religieuses avec ces "autres."

 Cette histoire aux racines tribales antiques, s'incarne sous nos yeux sous la forme de combattants islamistes et de saccages « djiadistes » sur les terres du Croissant fertile, ou dans des guerres tribales avec des armes modernes qui réduisent en cendres des Arabes et des Musulmans.

Les antiques animosités sectaires entre les sunnites et les chiites ont retrouvé vie.

Les minorités, comme les Chrétiens d'Irak et de Syrie, dont l'histoire remonte aux temps des Apôtres, sont frappées de plein fouet par la tornade du fanatisme islamiste qui se répand dans la région.
Cette négation de "l'autre" donne une tonalité spécieuse et intéressée aux discours sur la droiture morale et la justice historique des Arabes et des Musulmans.

Quand le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, déclare publiquement que les réponses du gouvernement israélien aux tirs de roquettes indiscriminés du Hamas, dépassent Hitler en barbarie, nous avons la preuve du manque de sérieux actuel des dirigeants musulmans dès que la compréhension de l'histoire de "l'autre" est en jeu, et cela dure peut-être depuis longtemps.
Dans le cas du dirigeant turc, sa critique fantaisiste d'Israël est encore plus grave quand on en prend en compte la façon dont les Turcs ont détruit la minorité arménienne de l'Empire ottoman au début du siècle dernier, ce que l'on appelle à présent le "génocide arménien", et le refus de la République turque de reconnaître ce génocide malgré des preuves irréfutables et l'écoulement du temps.
On peut dire la même chose à propos des Juifs.
Les Juifs, -un peuple dont l'histoire peut-être qualifiée de "mère de l'histoire du peuple sémite"- ont toujours reconnu "l'autre" quand ils tentaient d'obtenir la reconnaissance de leurs droits par "les autres".
Les Arabes et les Musulmans, pour qui le Coran est la Parole de Dieu, doivent tout simplement lire ce Livre avec sincérité pour voir par eux-mêmes à quel point l'histoire des Juifs est présente dans leur texte sacré.

Cependant, une lecture sincère exige au préalable de se purifier le cœur.

Le Coran dit, "les yeux ne sont pas aveugles, mais les cœurs sont aveugles dans les poitrines" [22:46].

En d'autres termes, sans un cœur éclairé par la sincérité, tout effort en direction de la paix et de la justice - deux objectifs de la lutte contre les Juifs dans le discours des Arabes et des Musulmans - est un exercice futile, contradictoire avec les buts apparemment recherchés, puisqu'un respect symétrique est refusé à "l'autre."
Dans un récent article du National Post sous le titre "L'improbable Goliath juif" George Jonas note que "les Juifs étaient le peuple du Livre, et les Arabes étaient les Guerriers du désert."

Les circonstances des temps modernes ont transformé les Juifs en guerriers défendant leurs droits, même si leur droit de se défendre rencontre le mépris des Arabes et des Musulmans, alors qu'eux-mêmes rasent les villes et les villages des "autres", dénoncés comme Infidèles ou pire encore.
Dans une perspective culturelle et historique plus large, l'observation de George Jonas résume le problème et le dilemme des Juifs aux prises avec les Palestiniens, les Arabes, et les Musulmans, sur tous les fronts.

Le Coran lui-même affirme de façon répétitive que les Juifs sont le premier "peuple du Livre" (ahl al kitab) au sein des peuples considérés comme sémites par la race ou la langue.

Qu'est-ce que cela signifie dans notre approche qui consiste à observer le passé à la lunette du XXIe siècle ?

Je propose de donner au "peuple du Livre" le sens d'un peuple qui lutte pour la liberté et la justice par les moyens de l'intelligence, du raisonnement, de la réflexion, de l'introspection, du questionnement - en fait, de tous les questionnements, - et qui ne s'incline jamais devant le pouvoir s'il prétend quelque chose au nom de son autorité et non au nom de la raison.

Ce questionnement doit même inclure Dieu, comme lors de l'affrontement (métaphorique) de Jacob avec Dieu, et ne pas faire abstraction de la dignité humaine.
Le contraire du "peuple du Livre," c'est rester irréductiblement attaché à sa tribu, être animé par l'instinct et non par l'intelligence, magnifier les codes guerriers, et interdire le raisonnement en l'accusant de "subvertir" la culture de la tribu.
Dans le monde arabo-musulman, on constate l'absence sidérante de la signification profonde de l'expression " peuple du Livre", c'est-à-dire d'une culture qui progresse à travers la critique et l'introspection.

Les Musulmans en viennent à sacraliser le Coran au lieu de le lire, de l'analyser, de réfléchir à son propos, de le contextualiser, et de le discuter publiquement en partant de l'idée que les significations de la Parole de Dieu sont infinies.

Le Coran dit :

"si tous les arbres de la terre étaient des plumes et les océans de l'encre, avec beaucoup d'autres océans pour les remplir, la discussion sur Dieu ne se terminerait jamais. » [31:27]

Ce verset signifie, et c'est presque un avertissement pour les Musulmans, qu'aucun d'entre eux ne doit affirmer stupidement qu'il a le monopole de la lecture du Coran, car si c'était le cas, la majesté de Dieu serait réduite à la petitesse de l'homme.
Néanmoins, le Coran a été transformé par beaucoup de Musulmans en une arme pour tuer, mutiler, détruire, réduire en esclavage, et paradoxalement, pour prévenir efficacement le développement d'une culture des livres, en d'autres termes, d'une culture des Lumières.

En l'absence de cette culture des Lumières, le monde trouve chez les Arabes et les Musulmans une culture de l'envie, du déni, du ressentiment, du fanatisme, dont les bouillonnements conduisent à un état de guerre larvée pour régler, pour un temps, des différends sans cesse ravivés, dans un cycle sans fin de mutilations et de meurtres.

Le tout en accusant "les autres" de la poursuite de cette sinistre comédie.
Dans ces conditions, il n'y a pas le moindre espoir que les Juifs, en tant que "peuple du Livre," puissent apaiser les Arabes et les Musulmans, faire la paix avec les Palestiniens, ou renoncer à se défendre aussi efficacement qu'ils le doivent pour se préserver de l'absurdité et de la malveillance d'un peuple qui a transformé la Parole de Dieu en culte de la mort.
Les Musulmans, ou nombre d'entre eux, ont cadenassé leur cœur, bouché leurs oreilles, fermé leurs yeux, tant et si bien qu'ils cheminent sans émois vers le désastre qu'ils ont choisi d'embrasser.

Ceux qui s'interrogent sur l'imbécillité pure et simple d'une telle conduite sont immédiatement qualifiés d'apostats ou d'hérétiques.
Et il y a en Occident des gens qui encouragent les Palestiniens à suivre une voie destructrice avec de faux arguments de moralité, une complaisance victimaire, l'évocation de droits humains, sans porter la moindre attention aux  droits historiques des Juifs, insistant pour leur interdire ce qu'ils feraient eux-mêmes dans une situation similaire, face à des abus et des violences sans fin.
Encore que derrière les soi-disant "cycles de violence" qui défigurent la terre où les prophètes ont marché et prêché la Parole de Dieu, la promesse de la paix par la réconciliation soit toujours présente.

C'était évident en novembre 1977 lors de la visite du président égyptien Anouar Sadate à Jérusalem, poursuivant des objectifs sincères dans sa recherche de la paix. Israël tout entier s'est immobilisé pour souhaiter la bienvenue à Sadate à l'instant où le premier ministre israélien de l'époque, Menahem Begin, le recevait.
Israël a rendu le Sinaï en échange d'une paix durable avec l'Égypte, une paix que le Caire a préservée jusqu'à nos jours.
Mais avec Yasser Arafat les intentions de paix étaient marquées par un manque de sincérité, toujours absente quand les Palestiniens refusent de reconnaître les Juifs comme "l'autre", avec ses droits propres.

La négation de ces droits signifie qu'ils ne désirent pas la paix.
Quant à moi, malgré les douleurs et la fureur de la bataille qui embrase Gaza, je chéris le doux souvenir d'une visite à Jérusalem.

C'était un samedi soir, juste avant la fin du shabbat juif. J'arpentais la rue de Jaffa dans le quartier de la Vieille Ville pour aller dire mes prières du soir sur le Dôme du Rocher.
Plus tard, comme la lune brillait, je me dirigeais vers le Mur Occidental, et là, parmi mes frères juifs absorbés dans leurs prières, je récitais quelques versets du Coran en priant pour la paix de tous les enfants de Dieu.

J'ai passé alors une bonne partie de la soirée assis sur la place du Mur occidental, bruissant de la clameur d'un peuple qui célébrait joyeusement les rituels de sa foi tout autour de moi.

Je me souviens que plus tôt dans la soirée, quand j'avais voulu entrer sur le Mont du Temple en direction du Dôme du Rocher, je fus stoppé par des gardes de sécurité palestiniens qui avaient exigé que je leur prouve que j'étais bien un Musulman en récitant quelques versets du Coran, ce que je fis.

Tandis qu'en prenant le chemin du Mur occidental, j'avais passé la sécurité israélienne à l'entrée de la Place sans avoir à répondre à des questions, sans que personne ne me fasse des remarques suspicieuses.

Ce fut un soulagement et un signe.

J'ai ressenti, que (...) tout pèlerin en quête de réconciliation avec "l'autre" devait être sincère dans ses efforts (...)
Si seulement les Arabes et les Musulmans finissaient d'être des Guerriers du désert et apprenaient à être un peuple du Livre, prier au Mur occidental serait aussi facile et euphorisant pour eux que prier au Dôme du Rocher.

Les querelles d'hier seraient écartées dans la célébration de la paix qui suit la réconciliation avec "l'autre".

En quittant le Mur occidental, j'ai senti, avec une quasi certitude, que les Juifs attendaient encore que les Palestiniens, les Arabes, et les Musulmans les reconnaissent comme "l'autre", avec de la peur et de l'espoir dans leur cœur qui n'est pas différent du notre.

Une fois cette reconnaissance acquise, il y aurait une réconciliation et la fin de tant que querelles absurdes.

Ces querelles persistent, le bruit de la bataille est toujours plus fort que l'appel à la prière.

Cela signifie que dans la logique impénétrable et hostile du Hamas et de ses soutiens Palestiniens, des Arabes et des Musulmans, la guerre sans fin contre les Juifs est encore  jugée préférable à la réconciliation et à la vie à leur cotés dans la paix.
france israel marseille
par Salim Mansur pour Gatestone Institute, première publication le 24 juillet 2014
Traduction: Jean-Pierre Bensimon
Pour un autre regard sur le Proche-Orient n°15 Octobre 2014

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Published by France Israël Basse Normandie - dans International
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