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27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 19:10

France Israël Basse Normandie (37)

 

(...) Il est inadmissible aujourd’hui d’être raciste en France, impensable, inimaginable. Et c’est une très bonne chose, martelons-le. Mais en voulant chasser à tout jamais les relents nauséabonds de la fièvre nationaliste, on a jeté le bébé avec l’eau du bain.(...)

 

Scandaleux, honteux, inadmissible, tragique…

 

Les adjectifs éplorés pleuvent sur les réseaux sociaux depuis la victoire du Front National aux élections européennes.

 

Avec 25,1% des voix, loin devant l’UMP (20,2%) et très loin devant le PS (14,3%), il y a en effet de quoi donner le sourire à Marine Le Pen.

 

La classe politique n’est pas en reste, filant la métaphore de la catastrophe naturelle (un séisme, a dit Manuel Valls).

 

Et déjà, on explique que ce sont les jeunes et les ouvriers, autrement dit les couches les plus précaires, qui ont joué l’élection.

 

Et déjà on propose des baisses d’impôts…

 

Le problème n’est pas (qu’)économique. Il est avant tout identitaire.

 

« Vive la France! » lançait d’une voix cassée François Hollande quand il n’était encore que candidat.

 

Le président a-t-il seulement prononcé cette même phrase en deux ans ? Non, il n’est plus en campagne.

 

Il est désormais en charge des mauvaises nouvelles.

 

Il gouverne.

 

Plongé dans les méandres de la régulation, il ne propose plus d’idée nationale.

 

Peut-être au motif que ce n’est plus son rôle depuis qu’il incarne les ors de la République.

 

Peut-être parce que le président ne peut pas avoir les mêmes phrases que le candidat.

 

Mais combien de fois ne s’est-on pris à penser, avant les affaires, avant la dégringolade définitive dans les sondages, qu’il suffirait d’insuffler un peu de l’énergie de la campagne pour combattre cette morosité hexagonale qui n’en finit plus, que les Français sont en quête d’idéal et non de réformes.

 

Les temps sont durs pour l’Europe. La domination économique et culturelle appartient au passé.

 

Les candidats promettent beaucoup et les politiques peuvent peu, c’est le jeu de la démocratie, les leaders, aussi volontaires soient-ils, sont soumis à la réglementation européenne, aux lois du marchés, à la lourdeur étatique, aux considérations politiques, aux contre-pouvoirs.

 

Cela, il faut sans doute le dire plus souvent, le répéter, pour contrer le désir infantile d’élire un dirigeant pour le voir tout changer en trois coups de cuillère à pot.

 

Reste qu’accuser les électeurs du FN de pusillanimité est trop facile à ce stade.

 

Et relève du même niveau que de pleurer sur les sort des institutions démocratiques, sur l’abstention, sur ces citoyens trop égoïstes désormais, trop mesquins pour prendre le chemin des urnes.

 

Les électeurs ne sont pas égoïstes ;  ils ne se sentent plus rien à voir avec la chose publique.

 

Et pour cause. L’ère post-moderne a vidé la res publica de son sens.

 

Il n’est quasiment plus aucun domaine où les droits de la personne ne prennent pas le pas sur la collectivité, où la liberté individuelle n’entaille pas l’ethos national.

 

La France chrétienne ? Terminé, la religion n’a plus droit de cité.

 

La France impériale ? Le vilain mot ! La France révolutionnaire, championne des droits de l’Homme ?

 

D’autres ont repris le flambeau, guère plus rien d’enthousiasmant la-dedans…

 

Qu’est-ce que la France aujourd’hui ?

 

Qu’est-ce qui représente aujourd’hui un pays où l’on n’est plus d’aucune religion, d’aucune ethnie et où le credo du vivre ensemble, plaqué par le haut, a crée de facto une société multiculturelle qui s’épuise à n’être jamais rien de trop tranché ?

 

La question mérite d’être posée et elle ne l’est jamais, ou si peu.

 

Il est inadmissible aujourd’hui d’être raciste en France, impensable, inimaginable.

 

Et c’est une très bonne chose, martelons-le.

 

Mais en voulant chasser à tout jamais les relents nauséabonds de la fièvre nationaliste, on a jeté le bébé avec l’eau du bain.

 

On a jeté la fierté nationale, le rassemblement autour de valeurs communes.

 

Valeurs qui, oui, sont forcément identitaires, culturelles, religieuses, ethniques. 

 

Valeurs qui, par définition, se distinguent et parfois s’opposent à d’autres valeurs venues d’ailleurs.

 

Valeurs qui célèbrent un peuple, une particularité, une nation.

 

Qui donnent un sentiment d’appartenance, qui rendent fiers.

 

Qui définissent une communauté pas complètement impénétrable, mais pas complètement perméable non plus.

 

Qui relient les sujets les uns aux autres, à un niveau très concret, quotidien, accessible.

 

C’est de cela aujourd’hui que les grands partis sont punis.

 

C’est de cela qu’est sanctionnée une société qui n’ose plus dire qui elle est, ou pire, n’ose plus poser la question.

 

Non, les électeurs du FN ne sont pas tous chauvins et racistes, et non les abstentionnistes ne sont pas tous bovinement indifférents.

 

Ils sont, au contraire, en quête d’une autre citoyenneté, d’un autre débat public.

 

D’un débat dans lequel la France ne se réduit pas à son art de vivre, à sa bonne chère et à ses frasques galantes.

 

D’un débat dans lequel il ne reste pas qu’un folklore édulcoré destiné au tourisme, tandis que les jeux sont faits ailleurs, en de lointaines institutions, sur les rivages du multiculturel et les sommets du politiquement correct.

 

 

Myriam Shermer,

Ancienne rédactrice en chef du Jérusalem Post - Édition française,

chroniqueuse sur i24news et journaliste free-lance vivant à Tel Aviv

 

 

 

thetimesofisrael-fr

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Published by France Israël Basse Normandie - dans France
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